Scandalia.be

28/06/2013 | 5 minutes de lecture

Hier la Wallonie a dévoilé son nouveau logo (réalisé par VO-Event (merci Bruno pour l’indication !)). Enfin, plus exactement, la presse a dévoilé le prix de ce logo ET accessoirement le logo tout seul perdu comme un malheureux (on passera sur le travail journalistique réduit à peau de chagrin).

Mettons tout de suite les choses au clair, ce logo n’est pas hors de prix, n’en déplaise à certains. On peut certes critiquer le fait qu’en période de crise, la refonte d’une identité n’est peut être pas une priorité, mais le prix demandé n’est en aucun cas abusif. Pour clarifier les choses, il faut savoir que ce prix englobe énormément de choses : le processus de réflexion, le processus de création, la cession des droits.

Le processus de réflexion est, dans tous les cas, assez long et très important, car il implique en général de consulter tous les intervenants afin de déterminer au mieux la cible de ce logo et les valeurs qu’il doit transmettre. Dans le cas d’un organisme officiel, je vous laisse imaginer le nombre et la durée des réunions avec les dits intervenants. N’oubliez pas non plus que les personnes assistant à ces rendez-vous (Project Manager, Account Manager, …) doivent aussi être payées ;)

Le processus de création emboite ensuite le pas, avec la création des propositions et les multiples aller-retours avec le client. Encore une fois la création d’un logo prends du temps, beaucoup de temps et même une fois le logo sélectionné parmi une miriade de propositions, il reste encore énormément de travail à effectuer dessus. Rappelons au passage qu’un logo est rarement créé et livré seul, mais qu’il fait souvent partie d’une identité beaucoup plus globale.

La cession des droits elle n’est pas une mince affaire. Pour chaque création graphique, le créateur cède une série de droits pour une certaine somme d’argent. Cette somme varie selon une série de critères parfaitement objectifs : l’étendue (sur quel support ce logo sera utilisé), le lieu (zone géographique où le logo sera utilisé), la durée (dans le temps). Or le logo Wallonia.be est un logo destiné à une utilisation tous supports et pour l’international. (si vous doutez encore je vous invite à lire ceci et ceci)

Concernant le résultat final il s’agit de distinguer deux choses : l’efficacité & le ressenti. Un logo est une création devant obéir à plusieurs règles avant de pouvoir être considéré comme efficace dont, en vrac : transposition sur multi-supports, réduction/agrandissement en conservant la lisibilité, lisibilité parfaite en noir & blanc autant qu’en couleurs, adéquation avec la cible, … Sur tous ces points le logo Wallonia.be remplit donc un sans faute, étant de plus parfaitement en adéquation avec sa cible (à savoir marketing à l’étranger envers des industries, demandant un certain sérieux & dynamisme).

Le ressenti est l’accueil du public par rapport à ce logo. Bien sûr hier Twitter s’en est donné à coeur joie. A tort car le ressenti de Gilbert X. sur un logo devant toucher des millions de personnes importe peu, mais surtout : Gilbert X. n’est absolument pas la cible. Double strike, Gilbert X. hors de l’équation. Pour ces raisons, les arguments avancés comptent assez peu mais faisons un rapide tour d’horizon :

Pour une grande partie du public, le graphisme est une sorte d’art éthéré, et de par cette considération, tributaire aux mêmes critères d’adhésion que des oeuvres d’art. Or le graphisme n’est pas (à proprement parler) un art, mais un outil (puissant) de communication. Le travail du graphiste n’est pas de faire quelque chose de “joli”, mais bien quelque chose d’efficace, remplissant un but très précis pour une cible bien définie.

Le problème n’est pas que ce logo est hors de prix, mais plutôt que depuis des années, avec les graphistes “à la sauvette”, le graphisme subit un rabotage excessif des prix par le bas. A l’heure actuelle, la plupart des gens trouveront ainsi que 300€ pour un logo (!) est un prix excessif, oubliant au passage que le logo est l’essence même de leur communication et de l’image qu’ils montrent à leurs clients (et donc, grosso modo, leur publicité la plus importante).

En période de crise, beaucoup se demandent si une telle dépense est nécessaire. Ce point là reste discutable, s’agissant de plus d’une dépense publique, mais pour une région réalisant 40% de ses recettes sur l’exportation, se doter d’une image solide & sérieuse à l’étranger n’est peut être pas une idée en l’air…

Update 28/06 13:45 : Il semblerait que le nom de domaine vient d’être racheté et que le transfert soit en cours. M.R. : Tant qu’à s’indigner sur une somme d’argent, il serait par contre intéressant de voir le nombre de personnes de la fonction publique impliquées dans le processus de décisions et de réunions et de voir la somme dépensée exactement pour ce temps (en terme de salaires) ;)

C.D.H. : Additionner le prix du logo au prix du rapport McKinsey relève pour le coup d’une mauvaise foi journalistique assez crasse, ces deux éléments ayant été effectués par des entreprises totalement différentes.